Au cours d'une conférence de presse consternante(*), notre président a parlé d'Internet... Ou plutôt de télévision. Sous couvert de neutralité du service public, il s'apprête à faire un cadeau en or aux chaines privées, tout en allant chercher dans les secteurs innovants les moyens de cette réforme. Et tout ça pour achever de mettre à sa botte la télévision publique.
« Réfléchir à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques » de télévision. « Je souhaite donc que le cahier des charges de la télévision publique soit revu, profondément, et que l'on réfléchisse à la suppression totale de la publicité sur les chaines publiques qui pourraient être financées par une taxe sur les recettes publicitaires accrue des chaînes privées et par une taxe infinitésimale sur le chiffre d'affaires de nouveaux moyens de communication, comme l'accès à internet ou la téléphonie mobile ».
Cela semble noble de vouloir affranchir la télévision publique des contraintes de rentabilité. Mais...
Les marchés ne s'y sont pas trompés, puisque les titres en bourse de TF1 et de M6 ont immédiatement grimpé de 6 à 11% (source : AFP). Comprenez par là que les investisseurs ont immédiatement saisi que la part du gâteau publicitaire abandonné par les chaines publiques allait bénéficier aux chaines privées... Et que ce ne serait pas la "taxation accrues des recettes publicitaires des chaines privées" qui mettrait leurs profits en péril. Bref, voilà un beau cadeau du président à son ami Bouygues.
Et puis il y a cette "taxe infinitésimale"... Aussi "infinitésimale" soit-elle, elle consiste tout de même à financer un média passé d'âge sur le dos de médias émergeants. Pour la téléphonie mobile je ne dis pas... Mais Internet ! On dira ce qu'on voudra, Internet reste le terrain du contenu gratuit et désintéressé. Malgré ça, Internet devrait servir de vache à lait à l'audiovisuel public. Certes cela sera sans doute prélevé auprès des fournisseurs d'accès... Mais cela sera reporté sur les abonnés. Et je n'admets pas que nos abonnements Internet servent à payer la télévision, alors qu'ils n'ont jamais servi à rétribuer les milliers de gens qui font qu'Internet est truffé d'oeuvres et de contenus désintéressés, libres et originaux.
Enfin, ce nouveau cahier des charges que le président appelle de ses voeux ne sera-t-il pas un moyen de transformer le service public en "Sarko-TV" comme il l'a fait pour le site Internet de l'Elysée ?
(*) Ce n'est pas moi qui le dit, mais Renaud Pila de TF1, comme quoi, même les journalistes de la chaine la plus pro-Sarkozy du PAF semblent se lasser :
« Le premier "bulletin" de l'AFP n'est tombé à qu'à 11h44. Dans le jargon journalistique, cela indique une information de la plus haute importance. La dépêche annonce la fin des 35 heures pour 2008. Interrogé sur cette question par un journaliste, Nicolas Sarkozy venait tout simplement de répondre : "pour dire les choses comme je les pense, oui." Il aura en effet fallu attendre près de deux heures pour qu'une info en matière de politique économique et sociale tombe, par un simple "oui", sans emphase ni moult explications. »