Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2000 juin 10

Bande Dessinée interactive

D'abord méfions nous des impostures: une BD en flash n'est généralement pas plus interactive que n'importe quelle BD papier. Cliquer sur une case pour afficher la suivante, voir de petites animations, entendre quelques sons, ce n'est pas de l'interactivité ! Il s'agit tout au plus de ce qu'on appelle le multimédia. L'interactivité comme son nom l'indique suppose une interaction entre l'oeuvre et son lecteur plus poussée que la simple lecture/audition liénaire. On peut distinguer deux grandes formes d'interactivités applicables à la bande dessinée en ligne. L'une est partielle, l'autre beaucoup plus grande.

Mise en réseau des informations

La première forme d'interactivité consiste, pour le lecteur, à pouvoir opter entre plusieurs voies préétablies.

De la même façon qu'un internaute va pouvoir visiter un site comme il l'entend, il pourra par exemple choisir de lire les aventures de Paul plutôt que de Jean qui vient de prendre une autre route, ou encore lire le rêve de Jean plutôt que celui de Paul etc. C'est une forme d'appropriation par la bande dessinée du montage tel qu'il est pratiqué dans le cinéma, mais où l'auteur délègue celui ci au lecteur.

Le principal frein pour l'auteur est une perte relative de pouvoir sur le déroulement du récit, et le fait que tout ce qu'il réalise ne sera pas forcément lu par tous puisque certaines embranchements peuvent se faire au détriment d'autres. Celà demande donc une approche différente de la narration, moins axée sur le déroulement linéaire des événements et plus sur les relations entre ces derniers.

Techniquement il s'agit d'appliquer au récit les propriétés de l'hypertexte ou de la base de données, l'auteur doit donc élargir son champ de compétence pour intégrer celles d'un "designer d'interactivité" ou d'un "game designer".

Mise en réseau des personnes

La seconde catégorie joue la carte de l'interactivité totale. Le lecteur peut ainsi devenir plus ou moins scénariste, auteur ou acteur de la Bande Dessinée. Il s'agit pour ce faire d'utiliser les moyens de communications tels que le sondage, l'email, le chat ou le forum. Ce sont donc cette fois des compétences d'animateur que l'auteur doit faire siennes.

Ces expériences se heurtent à deux difficultés. La première, et non des moindres: plus encore que pour l'interactivité partielle, l'auteur doit pouvoir investir beaucoup de temps s'il veut que le récit évolue à un rythme intéressant pour le lectorat. Il s'agit dans ce domaine de renouer avec la tradition de l'épisode quotidien ou hebdomadaire.

La seconde difficulté, qui est sans doute la plus grande: l'internaute est de plus en plus passif, il recherche de l'immédiat et rechigne à l'échange ou intervention auprès des webmestres, et donc à fortiori il est très peu enclin à agir sur le scénario d'une Bande Dessinée. L'auteur doit être capable de proposer un univers proprement attractif, sinon addictif, susceptible de réunir une véritable communauté.

Quelle place pour l'auteur ?

Mais le vrai problème de tels récits, est le statut de celui qui délègue au lecteur certains aspects de sa fonction d'auteur, et qui endosse des aspects propres à d'autres fonctions. Peut-être faut-il chercher les réponses dans la tradition orale qui, avant que l'écrit ne la suplante, n'instaurait pas une frontière aussi tangible entre l'auteur et son public. La bande dessinée s'est basée sur la tradition littéraire, mais rien ne l'y attache définitivement.

Commentaires

1
Picasso considérait son oeuvre comme son "journal intime". Accepteriez-vous que je vous démontre que ce "journal intime", de 1907 à 1973 fut et pourrait devenir une BD interactive? Merci de me répondre Cordialement Jacques Peset

Le jeudi 28 juillet 2005 à 15:22

2
Bonjour Picasso disait que son oeuvre représentait son "journal intime". Accepteriez-vous que je vous démontre que ce "journal intime" puisse devenir la BD interactive du 21eme siècle? Merci de me répondre. Cordialement Jacques Peset

Le jeudi 28 juillet 2005 à 15:31

3
Je suis curieux de découvrir votre démonstration. Si vous le souhaitez elle pourrait être publiée sur TalieZine.

JiF Le jeudi 28 juillet 2005 à 16:20

4
bonjour, et je vous prie de m'excuser pour ce retard.Ma démonstration n'est pas facile à voir. Je vais donc d'abord vous montrer les oeuvres de Picasso les plus "lisibles" . Si je vous montrais les "Picasso" plus difficiles à lire, je doute fort que vous ne preniez ma thèse au sérieux. Cette thèse que vous pouvez retrouver en cliquant sur google pages francophones: cezanne picasso peset Pour éviter de trop vous balader, je vous conseillerai de vous rendre sur le paragraphe, France Culture. Pour commencer je vous inviterai à placer près de cette peinture de Cézanne: "Madame Cézanne dans un fauteuil rouge" du musée de Boston, le "Grand Nu au fauteuil rouge" peint par Picasso en 1929. Pour lire le "Journal intime" de Picasso, cette peinture de Cézanne servira de clef pour pénétrer ses oeuvres, et par delà même d'approcher la pensée du Maître, comme on approche la pensée d'un auteur en le lisant. Pour lire "le journal de Kafka" ou d'un autre, nous pouvons le lire parce que nous avons appris à lire. Avec Picasso, nous ne sommes plus dans le même cas. Nous y serons si ma thèse est reconnue. Pour le moment elle n'est pas reconnue pour la simple raison que personne ne souhaite savoir si cette thèse est juste ou fausse. Je m'excuse pour ce discours, mais nous n'avons pas appris à lire en deux jours. Si j'ai fait cette découverte en 2001, après trente années de dessin, je pense que ce n'est pas seulement le hasard qui m'a fait ce cadeau, peut-être empoisonné! D'autres "Picasso" facile à lire visuellement:"Le Rêve" peint le 24 janvier 1932. "Femme assise dans un fauteuil rouge" peint le 16 décembre 1931.Puis une plus difficile, mais que vous devriez déchiffrer:"Nature morte au pichet et aux pommes" peint en 1919. Si vous vous intéressez à ma thèse, Picasso pourra peut être un jour être lu pour la première fois sur votre site. Il est bien évident que je souhaite la voir publiée sur TalieZine. Merci de votre curiosité. Jacques Peset

Peset Le mardi 13 septembre 2005 à 11:31

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