extrait d'une tapisserie de Jean Lurçat.En séjour à Angers, j'ai re-découvert hier les tapisseries de Jean Lurçat qui avaient laissé une trace indélébile dans ma mémoire d'enfant. Avec le recul, j'ai pu décrypter ce qui m'avait tant impressionné, mais j'ai aussi pris une seconde claque.

Jean Lurçat avait 22 ans en 1914 (il fut heureusement rapatrié des tranchées assez tôt à cause d'une maladie qu'il y avait contractée), il a vécu l'occupation allemande durant la seconde guerre mondiale et s'est éteint en 1966 en pleine guerre froide, hanté par la menace atomique.

C'est dans ce contexte que l'artiste-peintre a "inventé" la tapisserie moderne. Enfant, j'en avais déjà retenu le symbolisme très laïque et le caractère très lumineux de ses oeuvres. Face à une tapisserie de Lurçat, on ressent la même fascination que devant un vitrail ou une image numérique sur écran : sans que la lumière ne provienne de (ou ne traverse) l'oeuvre elle-même, Lurçat a su marier un gamme réduite à 44 teintes pour créer la lumière.

Mais ce qui m'a encore plus marqué hier, c'est l'engagement de cet artiste contre les pires horreurs perpétrées par l'humanité. Cet engagement est d'autant plus remarquable qu'il s'accompagne d'un optimisme indéfectible envers l'Homme et sa faculté à gouverner sa destinée et celle du monde. Ne cherchez pas à ressentir cela devant les (quelques) minuscules reproductions visibles sur Internet, il va vous falloir vous rendre à Angers, au musée Jean Lurçat de la tapisserie contemporaine pour découvrir Le Chant du monde (80m de tapisserie) mais aussi l'oeuvre dont un extrait illustre ce billet : elle a été tissée en clandestinité durant l'occupation, car Jean Lurçat était alors résistant sous le nom de "Capitaine Bruyère".

(crédit photo)