Outils de publication pour l'auteur, de consultation pour le lecteur
Par JiF le jeudi 17 avril 2008, 21:31 - bd en ligne - Lien permanent
Voici la suite du travail de Flore Tilly autour d'Internet et de la bande dessinée. Après une première partie consacrée aux manifestations créatives de la bande dessinée sur Internet, Flore se penche sur les passerelles qui relient le web au papier :
L’émergence d’Internet en tant que support de diffusion de la bande dessinée nous amène à examiner les divers modèles de diffusion en ligne, en gardant à l’esprit la notion commerciale que peut induire la présence de contenu artistique sur Internet.
La présence en ligne de la bande dessinée se caractérise par la diversité de ses solutions de publication et donc de lecture.
Les auteurs de bande dessinée peuvent faire le choix d’une édition autonome. C’est le cas des blogueurs BD. Ceux-ci optent pour un hébergeur mais assurent la gestion de leur blog BD. Les webcomics aussi peuvent aussi bénéficier d’une édition sous un nom de domaine qui leur est propre. C’est le cas du modèle du genre ''Argon Zark !'', de ''Sluggy Freelance'' ou encore de ''Penny Arcade''. L’auteur et théoricien de la bande dessinée en ligne, Scott McCloud diffuse sur son site éponyme plusieurs œuvres ainsi que des travaux de réflexion. Les bandes dessinées en ligne que nous venons de nommer jouissent d’une réputation de longue date et ne nécessitent pas de réelle promotion extérieure pour conserver et attirer un lectorat. Pour parvenir à asseoir une renommée semblable, si ce n’est supérieure à celle de bandes dessinées papier, le bouche à oreille ne suffit pas. Pour faire connaître leur travail, les auteurs de bande dessinée dont le public est plus confidentiel peuvent profiter des hébergeurs qui constituent une plateforme de diffusion, doublée d’un outil de production intégré. Sur la toile française, le site Webcomics.fr est conçu sur ce principe d’autoédition. Les auteurs qui souhaiteraient publier sur ce site doivent auparavant motiver leur projet. Ils reçoivent une invitation si les créateurs du site ou des auteurs déjà hébergés estiment que le travail proposé est de qualité. Webcomics.fr « permet aux auteurs de publier des histoires en ligne aussi simplement que l'on publie un blog, mais avec des outils pensés pour le récit ». Le pendant de la publication est bien sûr la consultation en ligne des bandes dessinées proposées par les auteurs. La page d’accueil propose une sélection éclectique parmi les 111 bandes dessinées en ligne publiées sur Webcomics.fr[1]. L’internaute peut naviguer à son gré, soit en cliquant sur les œuvres mises en avant soit en utilisant les tags[2] du site. 30joursdebd.com adopte aussi ce principe. Chaque jour pendant un mois, les concepteurs du site proposent aux internautes une bande dessinée d’un auteur professionnel ou amateur. Ces bandes dessinées en ligne sont accompagnées de liens vers le site personnel des auteurs, un moyen de faire connaître son travail du public.
D’autres sites spécialisés dans l’édition sur Internet suivent une ligne éditoriale précise, ce qui limite considérablement les candidatures spontanées à la publication. Ces éditeurs se décrivent pour certains comme professionnels. C’est le cas de ModernTales.com qui propose au public, à condition de souscrire à un abonnement, le travail d’une trentaine d’auteurs professionnels.
Du côté de la sphère Internet française, le site Coconino-world.com mérite notre attention. Créé en 1999 en marge du Festival d’Angoulême, ce webzine (aphérèse de web et magazine) se caractérise selon ses concepteurs par une « collision créative de bandes dessinées anciennes et d’histoires tellement récentes qu’elles ont été captées par leurs soins avant même leur publication papier ».
Le site, d’une grande richesse graphique, comporte plusieurs portails chacun dédiés à un domaine précis. Le « village des auteurs », comme son nom l’indique, répertorie une centaine d’auteurs. Il est possible de lire certaines de leurs réalisations en ligne. Une fiche auteur récapitule les publications antérieures sur Coconino World, ainsi que les portraits et interviews et adresses de sites personnels.
Le portail « Coconino Classics » est une « ressource encyclopédique sur l’histoire de la narration graphique » et recense les travaux et les sites consacrés à des auteurs des XIXe et XXe siècles dans un souci de sauvegarde du patrimoine graphique. Il est possible de feuilleter en ligne l’intégralité d’œuvres choisies, dont la plupart ne sont plus éditées en version papier. L’existence de ce travail d’archivage est intrinsèquement liée au support Internet. Celui-ci facilite la consultation en ligne de fonds documentaires parfois rares à un public extrêmement large, sans considération de temporalité et de distance, et ce gratuitement.
Les portails « Station Delta » et « Coconino Expo » sont des espaces de publication temporaire thématique. Chaque année, des numéros spéciaux du webzine sont consacrés au Festival d’Angoulême.
Les sites de l’acabit de Coconino World, ainsi que ceux qui, sans volonté affichée de constituer des fonds historiques de « narrations graphiques » offrent aux amateurs l’opportunité de diffuser leur travail, participent grandement de l’existence du vaste genre de la bande dessinée en ligne. Les forums, les wikis, les annuaires en ligne et les blogs, à travers billets, critiques et interviews sont aussi acteurs à part entière du développement de la BD en ligne. Les usagers, portés par et protagonistes du Web 2.0[3], sont au cœur de l’évolution de la bande dessinée, notamment grâce au phénomène de « marketing viral » informel ou « buzz ». Celui-ci, particulièrement efficace et rapide, voit propulsés sur le devant de la sphère Internet, et au-delà, des sites web, des blogs et donc des individus.
Notes
[1] Note de JiF : au jour où je publie cet extrait, Webcomics.fr accueille plus de 200 webcomics.
[2] « Ce système de tags (étiquettes) très en vogue sur Internet, permet à des internautes de marquer les pages qu’ils jugent intéressantes et de rajouter des annotations, ce qui crée un système de classification et d’organisation des données géré par des millions d’utilisateurs », DE ROSNAY, Joël, La révolte du pronetariat, Paris, Fayard, 2006, 250 p., coll. Transversales, p.225
[3] En comparaison du Web 1.0, le Web 2.0 se caractérise par l’interaction des internautes à travers notamment la création de réseaux sociaux et de systèmes de partage de données.
